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11 SEPTEMBRE 2001

Hommage à nos frères d'armes ,

les 343 pompiers de New York morts au feu

 

 

Il est à l’entraînement comme tous les jours de garde, quand la sirène retentit. Se lever, courir, pas le temps pour une douche malgré la sueur qui perle sur son corps athlétique. Juste le temps d'enfiler la tenue de feu avec ce mélange d'excitation et d'anxiété que l'on éprouve quand on part pour un incendie.

 

Tous les hommes sont là, l'engin démarre, les feux à éclipses tournoient sur eux-mêmes, la sirène gueule et il se surprend à gueuler lui-même sur ces voitures qui ne se poussent pas assez vite à leur passage. Lui, qui par nature est plutôt discret et effacé, se métamorphose en soldat du feu au fur et à mesure qu'il complète son armure de Fire Fighter.

 

D'après la radio, il s'agirait d'un accident d'avion ayant percuté un gratte-ciel, et il commence déjà à apercevoir la fumée par la fenêtre du camion. Le chef d'équipe est concentré, l'excitation est à son comble quand ils descendent tous du fourgon et voient ces gens qui courent l'air hébété.

 

Les ordres des officiers fusent, cependant que des masses tombent lourdement sur le sol. Il n'a pas encore réalisé l'ampleur du drame qui se déroule sous ses yeux, et que chaque corps qui s'écrase sur le trottoir est une vie qui s'en va. Il sait juste que la situation est grave et ne lâche pas d'un pouce son équipe, seule certitude dans cet enfer.

 

La mission tombe : monter aux étages et évacuer le plus de victimes possible. La mission est sacrée et rien, absolument rien, ne saurait la remettre en question. Sans hésitation, il commence l’ascension des escaliers derrière son chef d'équipe et oublie les quinze kilos de matériels qu'il porte sur son dos.

 

Chaque visage croisé est une vie sauvée. Il rassure, guide, encourage, et toujours monte sans perdre de vue son frère d'armes. Ils se connaissent depuis longtemps et ont une confiance totale l'un en l'autre.

 

La mission, rien que la mission malgré la fatigue, la souffrance. Les visages de ces gens sont déjà moins nets, il y en a tellement. Il distingue tout de même ceux qui ont des signes de brûlures, de plus en plus nombreux à mesure que les marches s'accumulent. Il n'a pas compté les étages, sa lucidité est moins bonne, il a croisé beaucoup de personnes, eux au moins s’en sortiront.

 

L'odeur du kérosène se fait déjà sentir, il y a de la fumée, il donne un peu d'air avec son appareil respiratoire à ce vieil homme essoufflé, l’espace d’un instant, puis reprend sa course folle contre la mort, pour sauver la vie de ces gens qu'il ne connaît pas.

 

La radio ne fonctionne plus. Il n'entend pas les ordres de repli hurlés par les officiers du poste de commandement. Il n'entend pas le craquement lugubre de la structure de l'immeuble. Il n'entendra pas le building s'effondrer sur lui-même. Une seule chose en tête, malgré la chaleur et la fumée : sauver, sauver, sauver…

 

… Il n’a pas eu le temps d'avoir peur. Tout est fini pour ceux qui n'ont pût sortir à temps, pour ses collègues dans les étages, pour son frère d'armes si proche dans l'ultime sacrifice, pour lui. S'il en avait eu le temps, il se serait sûrement reproché de ne pas être monté plus vite pour sauver plus de vies.

 

C'était un sapeur-pompier comme les autres, de garde le 11 septembre 2001 au Fire Department of New York. Il n'a fait que son travail, remplit sa mission. On appelle cela un héros.

 

 

Olivier SCHILLÉ